3 questions à Dominique PERRAULT - architecte urbaniste du projet urbain

 

Qu’entendez-vous par « créer une cité jardin » sur le projet YelloPark ?

 

Une cité-jardin évoque l’idée d’un quartier agréable, à échelle humaine, qui fait la part belle à la nature. En cohérence avec la dynamique engagée par la métropole de Nantes, qui encourage l’insertion de la nature dans son développement urbain, nous souhaitons effectivement pour Yellopark valoriser les espaces paysagers. Largement planté, avec une structure de végétation en forme de clairières, le paysage existant a d’emblée orienté notre réflexion pour la structure du futur quartier. Nous l’avons imaginé comme un grand parc habité. Les massifs d’arbres sont conservés au maximum et 70% du sol environ est laissé libre de constructions. Les volumes habités viennent s’inscrire dans ce parc. Baptisés « ilots-clairière », ce sont des ensembles compacts, construits autour de grands vides paysagers. Ils s’inspirent à la fois des béguinages flamands médiévaux, organisés autour de grandes cours-jardins, et de la forme même du stade, un ensemble bâti autour d’une grande pelouse centrale. Il y aura des logements conçus comme des maisons en bande, ouverts sur des jardins, mais pas seulement. La hauteur du bâti sera variée, et créera des liens et des gradations d’échelle avec les éléments architecturaux du site et de ses environs. Cette implantation du bâti permet également de tirer parti des espaces non arborés ou amenés à être démolis, tels que les surfaces de parkings ou les tribunes du stade actuel.

 

Comment allez-vous préserver et valoriser la géographie et l’histoire du site auxquels les habitants sont attachés ?

 

Il fallait penser le site dans son contexte élargi, celui de la métropole, puis dans son contexte local, celui d’un nouveau quartier. L’idée de préserver les qualités du site et de prendre appui sur ses éléments paysagers, géographiques et historiques a guidé notre travail. La forte présence du végétal sur la parcelle ou le tissu pavillonnaire en périphérie sont des qualités. Créer une cité-jardin, privilégier les circulations douces et définir des espaces publics de qualité, participe à cette volonté de préservation. Au-delà de son passé rural, depuis la construction du stade en 1984, l’histoire du site de la Beaujoire est liée au football, et nous souhaitons conserver cette mémoire. Le projet propose de conserver la pelouse du stade actuel et de construire autour des ilots dans l’emprise libérée par les tribunes. Un stade, c’est un objet singulier, qui peut servir de symbole à une ville, qui représente des investissements lourds et cristallise souvent des oppositions.  Pour l’intégrer à la fois dans la métropole et dans le quartier, il devra être plus ouvert sur un espace public pensé comme un lieu de vie permanent.  Nous souhaitons également valoriser le site, le désenclaver, multiplier ses accès. Les éléments d’infrastructures routières qui l’entourent sont un atout autant qu’un défaut car ils créent des limites, des fractures paysagères. Nous proposons la création d’une passerelle au-dessus du périphérique, un meilleur accès depuis la station de tram et la création d’une grande place centrale qui permette de fédérer la vie de quartier et l’activité liée au stade. Le grand paysage sera également capable de donner au site une cohérence métropolitaine et de nouvelles qualités. La topographie est assez forte, avec une déclivité vers l’Ouest et l’Erdre de 7m environ. Il est important que le site soit pensé dans cette relation à l’Erdre, qui est à peine visible aujourd’hui. 

 

Des habitants s’interrogent  à la fois sur la densité du projet, sur le besoin de mixité dans la typologie des logements sur le site.  Qu’allez-vous proposer pour répondre à ces inquiétudes ? 

 

Nous souhaitons que la diversité des typologies et des architectures réponde aux conditions du site et génère des liens, des continuités et des transitions douces. Il faut trouver la densité juste, le bon rapport entre les bâtiments et entre les espaces construits et les vides paysagers. Des logements intermédiaires, de deux à trois étages, sont ainsi préconisés au contact des zones pavillonnaires. A proximité immédiate du stade et le long de la rocade au contraire, la densité et les hauteurs seront importantes à très importantes, pour répondre à la monumentalité de l’équipement et dialoguer avec les éléments hauts du territoire, comme par exemple les tours du quartier de la Halvêque. La variété de logements proposée permettra de répondre à la diversité des demandes en matière d’habitat, selon que l’on souhaite habiter un logement de type individuel mitoyen avec accès direct à un jardin en cœur d’ilot, ou plutôt un appartement en étage élevé ouvrant des vues sur le grand paysage nantais. Il n’est pas souhaitable de développer ici un périmètre monofonctionnel périurbain, car le stade apporte déjà par sa forme et son usage, une mixité de programme. Nous envisageons le développement  de 1500 à 2000 logements, mais aussi un pôle santé et bien-être, des bureaux, une halle de marché, des commerces et un groupe scolaire. Cette mixité semble en particulier indispensable  dans l’environnement proche du stade. Elle contribuera à lui donner un caractère plus urbain, et la programmation en rez-de-chaussée autour du stade devrait pouvoir participer à l’animation du quartier et de l’espace public. Cette exigence en termes de mixité programmatique, sociale et intergénérationnelle est une composante essentielle pour faire de ce secteur un quartier durable et un lieu vivant, non seulement pendant les matchs, mais aussi tout le reste de l’année.